Contexte : Violence sexiste
Date de début : 01/10/2012
Date de fin : 31/12/2018
Zones d’intervention : 13 municipalités du département de Chinandega
Activités :

  • Système d’alertes SMS
  • Collecte de données

1 261 bénéficiaires entre décembre 2012 et mai 2013
472 femmes identifiées et assistées grâce au système (08/2014 – 04/2018)
650 acteurs contre les violences sexistes soutenus
13 villes aidées

La technologie dans la lutte contre la violence faite aux femmes

Date de publication : 2012-10-01
Date de modification : 22/06/2018 15:39
2012 - 2018
Dans le département de Chinandega, plus de la moitié des femmes déclarent avoir subi des violences physiques, sexuelles ou psychologiques. TSF soutient l'action de l'Association Mouvement des Femmes de Chinandega (MMCH) avec un système d'alerte précoce et de prévention des violences fonctionnant sur mobile.

Contexte

Chinandega est un département situé au nord-ouest du Nicaragua, à la frontière avec le Honduras, et dont la capitale – du même nom – est l’un des principaux centres commerciaux du Nicaragua. Alors que 50% de la population sont des femmes, le département fait face à de nombreux problèmes de violences sexistes.

53,8% des femmes de Chinandega déclarent avoir été victimes de violence physique, psychologique ou sexuelle par leur compagnon ou ex-compagnon au moins une fois dans leur vie. Au-delà de ces violences domestiques, la prostitution et l’exploitation sexuelle de femmes et jeunes filles se sont développées, principalement en lien avec l’activité portuaire dans les villes de Guasaule et Corinto.

Pour assurer une réponse effective et une meilleure gestion de l’information, les organisations concernées ont suggéré la mise en place d’un système d’alerte précoce parmi les réseaux et les institutions, ainsi que le renforcement des systèmes d’information par une meilleure analyse permettant une réponse adaptée.

Implémentation

Le Mouvement des Femmes de Chinandega (Movimiento de las Mujeres de Chinandega) est une ONG laïque et apolitique créée en 1992 pour promouvoir et défendre les droits des femmes à travers diverses activités : groupes d’auto-aide, information, accompagnement psychologique et juridique.

Durant l’année 2011, l’association a porté son aide à 760 femmes victimes de violence intrafamiliale et à 40 victimes de violence sexuelle au sein du projet « Campagne informative pour la prévention et la dénonciation de la violence contre les femmes ».

En 2012, TSF a décidé de soutenir les efforts du MMCH en développant un système d'alerte précoce via téléphone mobile pour permettre aux victimes en situation d'urgence de trouver l'appui des travailleurs sociaux du MMCH. De plus, un système de collecte d'information SMS a été créé pour améliorer les processus d'information et la capacité de réponse des promotrices du réseau.

Système d'alerte et de prévention

L’objectif de ce programme est de permettre à chaque femme victime ou témoin de violence d’envoyer un SMS avec un mot clé prédéfini pour donner l’alerte à MMCH. Une fois ce SMS reçu, l’équipe peut intervenir rapidement et mobiliser les secours ou les forces de l’ordre. Le MMCH propose ensuite aux bénéficiaires un accompagnement juridique et psychologique.

Pour ce système d’alerte précoce, TSF a installé et a configuré un serveur informatique équipé du logiciel FrontlineSMS (passerelle SMS) et d’une carte GSM au siège du MMCH. Le serveur est doté d’un numéro de téléphone qui correspond au numéro d'alerte. Le système de mots-clés prédéfinis a été créé afin que les victimes ou témoins puissent envoyer rapidement un SMS à un centre de redistribution qui transfère l’alerte à un réseau de 17 travailleurs sociaux équipés par TSF de téléphones mobiles. Ils peuvent ainsi agir immédiatement et prendre les mesures nécessaires pour intervenir auprès de chaque victime. Le système peut être utilisé de façon anonyme.

TSF a organisé des ateliers de formation pour les administratrices sur les mises à jour du système, la programmation des mots-clés et l’entretien des équipements informatiques. Un atelier de sensibilisation a également été mené auprès des différentes entités locales travaillant sur la question de la violence contre les femmes (police, conseils municipaux, centres de santé etc.) afin de créer un réseau dynamique d'acteurs disponibles pour intervenir en cas d'urgence et aider les victimes.

Dans un premier temps, TSF s’est chargée de la diffusion du numéro d'alerte dans chaque municipalité. Suite à la formation, les promotrices des droits des femmes du MMCH étaient responsables de la communication régulière à long terme de ce numéro à la population.

Les 20 téléphones mobiles fournis permettent aussi au MMCH d'envoyer gratuitement des informations clés par SMS aux femmes en situation difficile, ainsi qu’aux 650 promotrices des droits des femmes au niveau local et départemental.

Système de collecte de données

Les téléphones mobiles ont également pour fonction l’envoi au siège du MMCH de rapports, sous la forme de formulaires, concernant la violence enregistrée au niveau local (violence sexuelle et domestique, avortements clandestins ...), et les activités menées en faveur des femmes. La promotrice doit remplir un formulaire de suivi pour chaque victime, qui n’inclut pas d’informations nominatives mais qui permet de suivre la situation de la violence au niveau municipal et départemental, et de connaitre les réponses apportées aux victimes.

Le système FrontlineSMS, basé sur Java, était initialement utilisé. Cependant, pour pallier à l’absence du réseau mobile dans plusieurs endroits du Chinandega, et pour conserver un cout de communication réduit, TSF a développé l’application « ODK2SMS » pour Android afin de pouvoir envoyer des formulaires ODK (système XML open-source) sur le réseau GSM et non via le réseau data. ODK offre des formulaires plus ergonomiques et une interface plus adaptée aux utilisateurs – répondant notamment aux contraintes linguistiques.

Grâce au système mis en place par TSF, le siège de l'association est en mesure de collecter des données statistiques structurées sur les différents sujets suivis.

Le serveur est connecté à Internet ce qui permet de renvoyer les informations parvenus par SMS à une page de cartographie des rapports, ainsi que vers un email TSF pour le suivi de projet. La carte en ligne localise chaque cas et génère des rapports, permettant ainsi un meilleur suivi et un service ajusté aux besoins. Un des bénéfices majeurs de ce système est de rendre possible l’identification de signes d’alertes et d’avoir ainsi une approche préventive. Cette carte est également un outil de sensibilisation et de plaidoyer.

Depuis 2014, le serveur est connecté à l’électricité de façon permanente grâce à l’installation d’un système électrique indépendant. Auparavant, l’électricité du siège du MMCH était coupée tous les soirs et les weekends en raison des variations électriques importantes. Le système d’alerte est désormais disponible 24/24.

En 2016, suite à une évaluation globale, le projet a été renforcé avec l’incorporation de l’ONG internationale Trócaire et de l’association locale APADEIM. Cette extension a déterminé de nouvelles orientations stratégiques pour venir en aide aux femmes vulnérables du Nicaragua.

Les bénéficiaires du projet sont les employés du MMCH et d’APADEIM : 17 promotrices, deux administratrices et une coordinatrice du projet. Ce projet bénéficie directement aux femmes victimes de violences à travers une réponse rapide et efficace rendue possible grâce à la création d'un réseau dynamique d'acteurs locaux immédiatement informés et disponibles pour intervenir en cas d'urgence.

Au total, de 2014 à mai 2018, 472 cas de violences physiques, psychologiques, d’harcèlements sexuels, de trafics d’êtres humains et de kidnappings ont été enregistrés via le système.

« Je suis originaire de Naranjo dans la région de Chinandega. Un soir, je prenais le bus pour rentrer chez moi. Tout le monde me regardait avec beaucoup de pitié ; j’étais abattue, j’avais un cocard à l’œil droit, des bleus sur les bras, le cou, dans le dos... Une dame m’a dit d’aller auprès de l’organisation MMCH pour recevoir de l’aide. Dès que je suis arrivée à en ville, je suis allée à leur bureau, ils ont ouvert un dossier et j’ai pu parler à un psychologue. On m’a présenté le système d’alerte qui consiste à envoyer un message en cas d’urgence. Quelques jours plus tard, j’étais de nouveau en danger, alors j’ai envoyé un message et un travailleur social m’a rappelée tout de suite. L’organisation gère actuellement mon cas et j’ai reçu un soutien psychologique et juridique de qualité. J’ai parlé à mes amies de ce système, c’est important que toutes les femmes qui sont dans le même cas que moi puissent recevoir de l’aide. »

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