S’adapter aux imprévus : en Bosnie, un accès Internet sur mesure pour faire face à une situation particulière

Date de publication : 26/08/2019 16:30 - Date de modification : 27/08/2019 10:16
« Notre intervention a eu lieu quelques jours après l’ouverture du centre d’accueil temporaire, non accessible lors de notre évaluation en septembre dernier. Nous avons donc pensé et déployé le réseau en quelques jours et une fois sur place » explique Florent Bervas, Chef de Mission pour TSF en Bosnie-Herzégovine. Le réseau dont il parle est celui installé par TSF au centre d’accueil temporaire de Bira, dans le nord de la Bosnie-Herzégovine ; un accès Internet gratuit accessible en Wi-Fi dans une ancienne usine de 20 000 m2 qui a accueilli plus de 7,000 migrants et réfugiés depuis son ouverture.

L’installation d’une connexion Internet semble être une chose très simple ; aujourd’hui tout le monde est capable d’en installer une chez soi. Où se trouve donc le challenge ? Peut-être dans la superficie de la zone à couvrir : 20 000 m2 avec des centaines de personnes connectées simultanément ? C’est beaucoup. Mais, en y repensant, de nos jours on trouve des réseaux Wi-Fi partout, tels que les stades, les aéroports ou les centres de conférence. Qu’est-ce que cette connexion a de spécial alors ?

Pour pouvoir comprendre ses particularités et les défis liés à sa mise en place, il faut creuser un peu plus. Florent nous explique : « Les infrastructures Wi-Fi haute-densité conventionnelles, que l’on trouve dans les stades, salles de spectacle ou de conférence, reposent sur des technologies et normes très récentes, et sont parfaitement adaptées à des smartphones récents. En Bosnie, nous sommes confrontés à une population extrêmement diversifiée, avec des personnes venant de différents pays. Tous possèdent un smartphone, mais avec une grande diversité technologique : certains ont de très anciens modèles (de plus de 10 ans), d’autres ont des smartphones dernière génération. Les normes radio sont aussi différentes selon les pays d’origine, tout comme les bandes de fréquences en 2.4 GHz et  5 GHz ».

Voici donc le premier défi ; des terminaux mobiles et des configurations différents qui doivent tous se connecter au même réseau. Comment aborder ce problème ? « Un réseau sans-fil nécessite de trouver un équilibre entre performance et compatibilité. Dans notre cas, nous avons fait le choix de la compatibilité pour permettre à 100% des migrants de se connecter au réseau. Un tel choix implique de ne reposer que sur des normes compatibles avec l’ensemble des terminaux, même les plus anciens, et ceux-ci sont peu adaptées aux environnements denses et exposés à de fortes interférences. Un tel choix nécessite d’être extrêmement précis et rigoureux dans le paramétrage et l’optimisation des canaux Wi-Fi afin de réduire au maximum l’impact de ces interférences ».

Les interférences ne sont pas le seul défi. L’environnement auquel notre équipe a été confrontée au centre de Bira a également constitué un problème considérable. « Hangar et conteneurs métalliques, divisions du bâtiment en sections avec des murs en béton » tout cela a dû être pris en compte lors de la conception du réseau. Un réseau conçu avec de l’équipement qui a parfois atteint ses limites. « Bien que les points d’accès Wi-Fi aient été conçus pour des environnements haute densité, le contexte rencontré en Bosnie a nécessité la mise en place d’une configuration pointue. Or cela a révélé de nombreux dysfonctionnements dans ces conditions très particulières. Les différents échanges que nous avons eu avec le constructeur lui ont permis de corriger des problèmes et ainsi d’améliorer la qualité de ses produits ».   

Les migrants utilisent la connexion de TSF dans l'usine de Bira

Même si les crises humanitaires sont toutes différentes, 20 ans d’expérience ont permis à nos équipes d’apprendre toujours plus grâce aux défis relevés par le passé. Ce n’était pas la première fois que TSF installait un réseau Wi-Fi haute-densité. Il y a quatre ans, nous avons mené une opération similaire en Serbie, Macédoine et Grèce, mais la situation et les besoins étaient très différents. Dans ce cas, les migrants restaient au centre pour quelques heures, ou quelques jours au maximum, et le nombre de bénéficiaires par camp était plus faible ; 2-3 points d’accès étaient suffisants. « Travailler en Bosnie consistait à reproduire le même schéma que lors de la crise migratoire de 2015, mais à une échelle et une complexité technique supérieures. Dans le centre de Bira, nous avons installé 16 points d’accès pour couvrir les besoins des migrants et des acteurs humanitaires présents dans le centre. L’expérience de 2015 nous a permis de comparer différents équipements et de choisir ceux que nous utilisons désormais en Bosnie ».

Apprendre du passé, être toujours prêts à faire face à des circonstances inattendues et adapter les solutions techniques à chaque crise ; c’est cela qui rend les opérations de TSF uniques et stimulantes. Bien que les besoins puissent sembler similaires, chaque crise présente un contexte, des bénéficiaires et des contraintes souvent bien différents et qui peuvent toujours changer de manière imprévue. En Bosnie, comme dans toutes les missions de TSF, nos équipes doivent adapter les solutions techniques à une situation très particulière, pour permettre à ces personnes parties de chez elles souvent brutalement et sur les routes de l’exil depuis des mois, parfois des années, de conserver des liens familiaux. Une connexion internet qui pour elles n’est pas juste du confort mais un soutien psychologique, une aide à la décision et un espoir d’avenir.