Crise vénézuélienne : Près de 3 000 réfugiés reconnectés avec leur famille

Date de publication : 26/04/2018 00:00 - Date de modification : 05/07/2018 12:34
TSF offre des appels aux vénézuéliens réfugiés au Brésil et leur permet ainsi de reprendre contact avec leur famille restée au pays souvent en situation de grande vulnérabilité.

« Je suis venue au Brésil avec mon fils car la situation est catastrophique au Venezuela ; il n’y a plus de travail, plus de nourriture, plus de médicaments. Ma mère souffre d’un cancer avancé mais son traitement n’est plus disponible localement », explique Gabriela, une Vénézuélienne de 30 ans. « Toutes les semaines, mon fils fait l’aller et retour depuis Boa Vista pour apporter des médicaments et de la nourriture au reste de la famille. Nous n’avons pas d’autres choix pour survivre ».

Tout comme Gabriela, près de 52 000 Vénézuéliens se sont réfugiés au Brésil depuis 2017 pour fuir la crise économique qui affecte violemment le Venezuela. En janvier 2016, l’état d’urgence a été décrété par le gouvernement suite à l’effondrement économique et social ayant entraîné de graves pénuries, une très forte inflation mais également une importante dévaluation de la monnaie nationale et donc des salaires. A ce jour, un mois de salaire, qui équivaut à 4 dollars (sur le marché noir), ne permet d’acheter qu’un kilo de viande. Face aux difficultés qui se multiplient, beaucoup de familles sont contraintes de se séparer en migrant vers les pays limitrophes pour pouvoir trouver du travail et aider leurs proches restés au Venezuela.

Selon une enquête sur les conditions de vie (Encovi) menée annuellement par des instituts de recherche vénézuéliens, 90 % des répondants ont estimé ne pas avoir eu assez d’argent pour acheter les aliments dont ils avaient besoin en 2017 et 80 % ont déclaré ne pas avoir toujours mangé à leur faim. Depuis 2016, le taux de mortalité augmente de façon exponentielle, avec un taux de mortalité infantile multiplié par 100 en trois ans.

Déployée à Boa Vista depuis le 5 avril, Télécoms Sans Frontières porte assistance à ces personnes en situation de vulnérabilité en leur permettant de contacter leurs proches victimes de cette crise, souvent pour la première fois depuis leur départ, grâce à l’utilisation d’une solution de téléphonie sur IP (Protocole Internet) spécialement conçue par TSF et adaptée aux contextes de crises humanitaires.

La municipalité estime que 40 000 migrants vivent actuellement dans la ville frontalière, mais le chiffre est difficile à établir précisément.

En collaboration avec le HCR, TSF a démarré ses activités de façon itinérante dans un premier temps, par roulement quotidien, dans les cinq centres d’hébergement et le centre d’accompagnement des Servicio Jesuita al Migrante (SJM) dans la ville de Boa Vista. Tout récemment, TSF assure une présence permanente au Centre de Référence pour offrir des appels gratuits aux migrants qui s’y présentent. Ce centre est un lieu de passage essentiel pour toutes démarches administratives (enregistrement biométrique pour les demandes d’asile, de permis de travail et de logement, délivrance des cartes d’identification pour les distributions de nourriture et d’aide).

Le HCR au Brésil a témoigné de l'importance de la communication pour les réfugiés vénézuéliens et de l'initiative de TSF: http://www.acnur.org/portugues/2018/05/17/um-alo-um-alivio/

A ce jour, 2 725 personnes ont pu bénéficier de ces appels téléphoniques pour reprendre contact avec leurs proches, restés au Venezuela, et à qui ils n’ont pu donner de nouvelles depuis plusieurs mois. « J’ai enfin pu parler au téléphone avec ma famille pour la première fois depuis mon départ. C’était inespéré. Comme beaucoup de Vénézuéliens, je n’ai pas les moyens de m’acheter un téléphone portable. Et les appels vers le Venezuela sont trop chers. Ma seule solution pour parler avec ma famille est d’aller dans un cybercafé pour utiliser les réseaux sociaux. Mais le centre d’hébergement est trop excentré, c’est donc compliqué de se déplacer, et cela coûte encore de l’argent », confirme David, un jeune vénézuélien de trente-deux ans.

Les 5 331 minutes d’appels émises, dont 96% à destination du Venezuela, attestent de l’importance de ces communications pour ces familles.

« C’est un véritable soulagement de pouvoir enfin échanger avec ma famille après deux mois de séparation. Cela m’aide mentalement à me sentir en sécurité, à affronter l’isolement. La situation est tellement difficile, je suis parti cherché des conditions meilleures car mon salaire mensuel au Venezuela ne me permettait plus de subvenir aux besoins des miens. Mais je ne trouve pas de travail ici ; je passe des jours à marcher, seul, à la recherche d’un emploi. C’est un sentiment de culpabilité très lourde vis-à-vis de ma famille », confie José, un père de famille. Ses proches, restés au Venezuela, sont les plus exposés aux risques sanitaires et de famine, et dépendent désormais de l’aide financière qu’il pourra leur apporter.

Les autorités brésiliennes étant vivement préoccupées par les risques croissants auxquels sont confrontés les Vénézuéliens et tenant compte que le flux d’arrivée est toujours continu, TSF reste mobilisé à Boa Vista auprès du HCR pour répondre aux besoins des réfugiés, et surtout de leur famille restée au pays. TSF suit attentivement l’évolution de leur situation.