Réponse d'urgence
Tunisie / Libye

Crise en Libye

2011
Publié le 23/02/2011 00:00  -  Modifié le 21/04/2020 16:14
Pendant les neuf mois qui ont suivi le soulèvement en Libye, TSF est restée présente sur le terrain pour fournir des appels et connexions d’urgence aux civils fuyant les combats et aux ONG travaillant à leurs côtés.

Contexte : Déplacement de populations

Date de début : 23/02/2011

Date de fin : 20/11/2011

Zones d’intervention :

  • Tunisie
    • Camp de transit de Chucha
    • Ras Ejdir (poste frontière)
  • Libye:
    • Ville de Benghazi
    • Ville de Misrata
    • Ville de Syrte
    • Région de Djebel Nafusa

Activités :

  • Evaluations télécoms
  • Opérations pour la population
  • Centres télécoms

7 centres Internet

3.8 To de données échangées pour la coordination

+20 ONG supportées

30 700 bénéficiaires d’appels

84 465 minutes d’appels offerts

159 pays appelés

Contexte

L’année 2011 s’inscrit dans un contexte de protestations populaires dans les pays arabes. Le 17 février, un mouvement de contestations populaires a lieu en Libye et notamment à Benghazi, violemment réprimés par la police. Rapidement, le pays rentre dans une guerre civile.

Depuis le 15 février, plus de 500 000 personnes fuient la répression et trouvent refuge dans les pays voisins, notamment en Tunisie et en Egypte.

Entre le 23 février et le 2 mars, environ 10 000 réfugiés ont traversé quotidiennement la frontière tunisienne ; le nombre d'arrivées s'est ensuite stabilisé entre 3 000 et 4 000.

L’accueil et le soutien aux déplacés ainsi que les opérations d’évacuation se sont progressivement organisés. Dès que les réfugiés libyens traversaient la frontière et arrivaient en Tunisie, ils étaient pris en charge par les civils qui organisent des réseaux de solidarité pour leurs compatriotes. Les familles libyennes trouvaient refuge dans les villes tunisiennes au sud de Ras Jedir. Des camps de transit proche de la frontière étaient créés pour accueillir le nombre croissant de ressortissants étrangers jusqu'à ce qu'ils puissent être rapatriés. Les autorités tunisiennes et le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) ont établi le camp de La Choucha à 6 km de la frontière, avec une capacité d’accueil de 20 000 personnes. Ce camp de transit était un passage obligé pour toutes les personnes venues de Libye avant qu'une solution à plus long terme ne leur soit proposée.

Déploiement

Dans les premiers mois, TSF a concentré ses efforts sur l’aide aux milliers de réfugiés traversant la frontière. TSF s'est déployée et dès son arrivée sur le terrain, le 24 février, a conduit une mission au poste frontière de Ras Jedir et au camp de transit de La Choucha. Ces activités se concentraient sur la mise en place de connexions internet pour les travailleurs humanitaires et de centres d’appels d’urgence pour les populations déplacées.

Face à cette crise humanitaire et grâce au financement du service de la Protection Civile et Opérations d'Aide Humanitaire Européennes (ECHO), TSF a pu poursuivre ses opérations pendant neuf mois.

Le 13 avril 2011, grâce à une logistique du Ministère des Affaires Etrangères Français, TSF est arrivée sur Benghazi avec des équipements satellitaires.

Les équipes se sont ensuite déployées à Misrata le 13 juin, dans la région de Djebel Nafusa le 25 août et aux abords de Syrte le 13 octobre.

TSF a ouvert sept centres télécoms aux bénéfices des acteurs humanitaires et a offert à 30 700 bénéficiaires des appels prioritaires.

Evaluations télécoms

Dans le camp de la Choucha, TSF a dû répondre à des besoins de populations migrantes, qui, à l'origine, ne devaient rester que quelques jours dans des camps officiellement dits « de transit ». La situation s'est avérée plus complexe, notamment pour les personnes originaires d'Afrique sub-saharienne, le camp devenant pour beaucoup d'entre elles une escale à plus long terme. L'objectif premier de TSF était d'offrir des premiers appels mais nous avons dû adapter notre réponse à cette situation plus complexe afin de répondre au mieux aux attentes des populations affectées par la crise.

Dès son arrivée à Benghazi, l'équipe s'est coordonnée avec le Conseil National de Transition libyen et la Commission Européenne pour mener des évaluations télécoms. Ces dernières ont permis d'identifier des besoins urgents en matière de communications fiables. La guerre civile en Libye a isolé l'est du pays du reste du monde car les systèmes télécoms ont été interrompus ou limités à une simple connectivité locale. Seuls quelques points d'accès à internet subsistaient à Benghazi, mais le réseau étant saturé, ces connexions n'étaient pas fiables. Le réseau téléphonique, disponible dans la zone contrôlée par les forces révolutionnaires, permettait uniquement les appels à l'intérieur de cette même zone.

TSF a mené une mission d'évaluation des besoins à Remada, dans le Sud de la Tunisie où un camp a été établi pour accueillir les réfugiés libyens fuyant le conflit. TSF a pu constater que deux réseaux GSM fonctionnaient convenablement sur ce camp. TSF a donc décidé de ne pas mener d'opération dans ce camp.

Opérations de téléphonie humanitaires

Camp de la Choucha - Tunisie
TSF a mené ses opérations de téléphonie au camp de Choucha du 25 février au 12 mai. 30 550 réfugiés ont bénéficié de cette activité. Les besoins de ces personnes en grande détresse étaient immenses ; de longues files d’attente se formaient quotidiennement pour pouvoir passer un appel prioritaire.

Au cœur de la tragédie, TSF a redonné une voix aux victimes. Au-delà du soutien psychologique apporté aux réfugiés, le rôle de TSF était aussi de trouver des solutions concrètes et appropriées aux besoins des familles affectées. Ces appels étaient essentiels, même deux mois après le début de la crise. La plupart de ces appels ont été les premiers contacts que les réfugiés ont eu avec le monde extérieur depuis qu’ils ont fui le pays.

L’équipe TSF témoigne :

« Nous avons permis à des réfugiés originaires du Ghana de donner des nouvelles à leurs familles. Mais tous les jours, nous les retrouvions à côté de notre centre, sans solution de rapatriement car il n'y a pas de consulat du Ghana à Tunis. Nous avons donc décidé d'appeler le consulat du Ghana en Algérie. L'interlocuteur leur a assuré de son assistance officielle et après plusieurs échanges téléphoniques, le 1er mars, l'engagement a été tenu : le représentant du Consul lui-même est arrivé dans le camp et a pris en charge ses ressortissants. »

« Une centaine de Nigériens, certains sans papiers, n’avaient aucune nouvelle de leur gouvernement et aucune information concernant la date de leur possible rapatriement au Niger. Ils ont désigné des porte-parole qui sont venus nous trouver, pour tenter de joindre une ambassade du Niger. Nous avons appelé l’ambassade du Niger en France et nous avons finalement réussi à obtenir le numéro personnel de l’Ambassadeur du Niger en Algérie, qui est entré en contact avec l’OIM pour organiser le rapatriement de ses ressortissants. Quelques jours plus tard, avant qu’ils ne montent dans le bus pour l’aéroport, quelques-uns d’entre eux sont venus nous dire au revoir et nous remercier chaleureusement. »

La stratégie globale pour la gestion des camps a été de placer les ressortissants de pays ne pouvant pas être rapatriés vers leur pays d'origine (Érythrée, Somalie, Irak, Soudan) dans le camp de la Choucha. Ces personnes, destinées à rester sur une durée plus longue dans le camp en attendant de trouver une solution alternative pour leur prise en charge, représentaient en moyenne plus de 50% de la population des camps.

Les passages à la frontière ayant fortement diminué et face à une demande des migrants moins prioritaires, TSF a décidé, après 80 jours de présence, de suspendre ses opérations auprès des populations, en s’assurant d’une possible réponse locale si nécessaire.

Benghazi - Libye
2 400 travailleurs migrants et civils libyens ont fui Misrata et ses combats sanglants, et se sont rendus à Benghazi par bateaux affrétés par l’OIM. Le 17 avril, TSF a participé à une opération conjointe avec le CICR pour offrir des appels téléphoniques aux réfugiés en transit dans le camp du Croissant Rouge Libyen à Benghazi.

Misrata - Libye
Du 26 au 28 juin, TSF a participé à une opération conjointe avec le CRL pour fournir des appels téléphoniques internationaux aux centres médicaux de Misrata.
Nos équipes ont quitté la Libye le 20 novembre, transmettant la gestion des équipements aux ONG internationales en coordination avec OCHA (Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires).

Centres télécoms

Il était essentiel d'établir un centre télécom d'urgence afin que les ONG puissent se connecter avec leurs sièges et avec les autres travailleurs de l'urgence afin d’optimiser l'efficacité de leurs actions et collecter puis partager des informations essentielles.

Camp de la Choucha – Tunisie
Le 26 février 2011, TSF a installé un point d'accès wifi au bénéfice du CICR, HCR et des équipes médicales tunisiennes, dans la tente du CICR au poste de frontière de Ras Jedir. Le 1er mars, la connexion a été transférée au camp de la Choucha où elle est restée opérationnelle jusqu'au 25 mars au bénéfice des équipes OIM et du service médical de l'armée tunisienne.

Benghazi – Libye
Le 13 avril 2011, TSF a installé pour la communauté humanitaire, notamment pour le HCR, CICR et les médecins tunisiens, une connexion satellite haut débit à Benghazi.
Le 20 avril, TSF a ouvert un centre télécoms inter-ONG dans les locaux d’ACTED permettant ainsi à toute la communauté humanitaire de bénéficier d’une connexion et à des équipements informatiques (appels nationaux et internationaux, fax, imprimantes, scanners, ordinateurs portables) mais également de profiter du soutien technique continu de TSF. Cette collaboration a assuré à TSF la continuité du centre au-delà de la phase de première urgence.
Maintenu jusqu’au 17 mai, ces services télécoms auront donc bénéficié de manière directe à dix organisations Internationales. Un transfert de compétences a été réalisé auprès d'un employé local recruté et formé par TSF pour assurer la gestion du centre, la maintenance des équipements et répondre aux besoins techniques des travailleurs humanitaires.

Misrata – Libye
L’équipe est arrivée à Misrata le 20 juin. En coopération avec les ONG ACTED, Mercy Corps et CESVI, un centre télécoms a été ouvert deux jours plus tard. Ce centre était un lieu de ressources et d’informations clés pour les ONG internationales travaillant dans la région.

Jadu – Libye
A son arrivée dans la région de Djebel Nafusa le 25 août, l'appui de TSF a été sollicité par l'hôpital de Jadu, principal établissement médical de la région. Une connexion satellite mobile a été installée au bénéfice du personnel et des ONG médicales sur place. La connexion a été renforcée par l’installation d’un terminal satellite fixe le 6 septembre.

Yefren – Libye
Le 25 août, TSF a également établi une connexion satellite fixe à l’hôpital de Yefren qui était ouverte à toute la communauté humanitaire, notamment Centre pour la Presse (Media centre).

Nalut – Libye
TSF a installé une connexion fixe aux bureaux de la Croix Rouge libyenne pour l’ensemble de la communauté humanitaire jusqu’en 2012.
Le rôle de TSF est aussi, quand la demande en est faite, de mettre à la disposition des travailleurs humanitaires du matériel télécom et satellite. TSF a ainsi fourni deux téléphones satellites au coordinateur des urgences d’ECHO et au Président du Croissant Rouge Libyen – qui est aussi le Directeur de l’Hôpital de Nalut.

Syrte – Libye
Le 13 octobre, TSF a ouvert son septième centre télécoms à Syrte en collaboration avec les ONG ACTED, Mercy Corps et IMC. Le 14 novembre, les besoins humanitaires étaient toujours immenses dans tous les domaines, des besoins d’équipements médicaux aux infrastructures télécoms : il n’y avait toujours pas d’électricité, d’eau ou de télécommunications dans la ville.

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